Les résidences à Lézarap'art

Dans une démarche constante d’accessibilité au plus grand nombre, Lézarap’art organise, lorsque des artistes sont accueilli.e.s en résidence, des ouvertures au public.

Les spectateur.rice.s, qui sont parfois bénéficiaires en parallèle d’ateliers pratiques avec les mêmes artistes, sont alors placé.e.s dans une démarche active. Le moment de travail auquel ils et elles viennent assister fait écho à leur découverte de la démarche artistique, ce qui leur donne des points d’ancrage pour la réception et la réflexion. Ces temps d’observation, toujours suivis de temps de discussion, sont l’occasion de découvrir par un autre angle de vue le processus d’élaboration d’une œuvre, quelle qu’elle soit.

Retour sur les résidences passées

2020

Compagnie Alexandra N’Possee - Les Bannis

La Compagnie Alexandra N’Possee cherche depuis 1994, à travers ses projets et ses créations, à être génératrice, vectrice de réflexion mais aussi de ressenti.

En résonance avec l’époque et différentes cultures du corps, elle met en dialogue et en tension, en relation et en partage une vision intime du monde.

La compagnie compte une vingtaine de créations à son actif et a engagé, dès l’origine, une politique d’enseignement et de formation à la danse hip hop tant au niveau national qu’international (Allemagne, Tunisie, Territoires Palestiniens, République d’Haïti, Algérie, Russie, Tchad).

Abdennour Belalit est danseur et chorégraphe de la Compagnie Alexandra N’Possee depuis 1994. Outre son travail de créateur et de danseur, il mène une action permanente de sensibilisation à la danse Hip Hop.

Du fou à l’oublié d’une réalité dure mais aussi mélancolique et imaginaire.
Du SDF à l’exilé d’un lieu non prévu.
D’un corps cassé, infirme se mêlent ici force et légèreté.

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Dans cette création, Abdennour Belalit interroge notre perception de l’individu, des différentes trajectoires et mécanismes qui, pas à pas, nous mettent à l’écart, vers une forme de marginalité.

Chorégraphie : Abdennour Belalit

Interprétation : Laurine Brerro, Alexandre Sanavixay, Clément James, Abdennour Belalit, Sofiane Distante

Création Lumière : Djamel Aya

Articulée autour du travail chorégraphique de Liam Warren, RIFT est également un terrain d’accueil et d’échanges, une plateforme qui permet d’héberger les projets d’autres artistes. RIFT est implantée à Marseille, territoire dynamique où elle tisse des liens étroits avec les acteurs culturels de la ville et de la région et développe une recherche transversale qui touche à la performance, à l’installation et à la vidéo. Ses créations visent à déplacer l’horizon d’attente et le regard du spectateur en proposant une nouvelle perception du corps.

Dans une configuration quadri-frontale, cinq corps sont pris dans un flux circulaire ininterrompu, liés par une seule force physique : la rotation.

Les mouvements des danseurs composent un système d’entrelacement continu généré par leurs propres trajectoires circulaires, un tourbillon qui fait centre.

La ligne qui distingue les corps ondule et s’estompe progressivement, à mesure que l’espace entre les corps se module, afin de se fondre pour devenir une entité autonome. Ici, le corps est présenté dans sa nature essentielle ; comme un vecteur d’énergie cinétique, dépassant toute division sociale isolante.

Mouvement, lumière, son, toute la matière se fond dans un champ vibratoire où une quantité de formes possibles surgissent et disparaissent dans cette fluctuation hypnotique d’énergie infinie.

2008

Animée par les notions d’identités, la représentation du corps et le land art, Catherine Cocherel crée, depuis 1997, des sculptures vivantes in situ. Son travail plastique s’identifie par l’utilisation d’un même matériau : des lianes végétales qu’elle fabrique, transforme, adapte en vue de ses différents projets. Ces créations sont des mises en scènes végétales et corporelles intimement liées aux lieux. Ce sont également des espaces de rencontre avec des danseurs, des modèles, des publics. En résidence à Lézarap’art en août et septembre 2008, elle axe sa création sur des installations végétales destinées à être habitées, portées, manipulées. Les sculptures vivantes ont été présentées au festival Petit Art Petit 2008.

2007

Fred Parison / Tezzer

Cette double résidence a donné lieu à une exposition commune :
de aile à Thé, du 10 au 25 septembre 2007

Fred Parison - Petites ailes

Premier fragment : le terrain de jeu

Petites ailes est une porte ouverte sur le monde de l’enfance et une invitation à nous questionner : Quel regard portons-nous sur l’enfant que nous avons été ? Ce temps de résidence se veut une exploration de la notion de jeu, liant imaginaire, découverte et construction. Installation de petites machines, sortes de petits jouets bricolés, articulés et mis en mouvements par des moteurs extérieurs au plateau. Chaque petite machine possède son propre mécanisme de mise en mouvement et d’articulation. Petites choses « de rien », des jouets de branches, de ficelles, de cailloux, balanciers, contrepoids et leviers, mise en mouvement de deux petites ailes…

Ces petites machines, ces petits bricolages, je les imagine véritablement fragiles, succincts, dérisoires, comme des sortes de mini-événements totalement inutiles. Sur ce terrain de jeu délimité, comme une piste de cirque, vont se mettre en mouvement simultanément une quinzaine de ces micro-phénomènes ludiques. – Fred Parison

Tezzer - montématilotématou, mon cul !

Le travail plastique de Tezzer tourne autour de plusieurs thèmes majeurs qui vont des réminiscences de l’enfance aux obsessions maniaques de l’acte de création, en passant par le détournement de sens et la mise en place de paradoxes visuels.

Ses compositions tentent d’entraîner les spectateur.rice.s dans des visions plus fantasmatiques et subjectives ; les repères au conte original disparaissent progressivement pour ouvrir l’imaginaire sur des terrains plus licencieux et loin de l’apparente innocence souvent associée à ces textes.

Pour sa résidence à Lézarap’art, Tezzer a exploré en volume l’univers du « thé chez les fous » d’Alice aux pays des merveilles. Expérience ludique partant directement du matériau « sachet de thé » qui, transformé et recyclé, a servi de support aux différentes réalisations.

Christophe Blancard - Angambie identitaire

Un travail de création basé sur le mouvement, la mécanique, où les spectateur.rice.s participent et prennent possession de la “sculpture conversationnelle” qui devient un support de communication favorisant un échange. Une marionnette articulée et animée aux impulsions d’un clavier, nous devenons alors acteur-manipulateur et pouvons inventer notre propre chorégraphie.

C’est une aubaine pour tout.e artiste d’avoir l’opportunité d’obtenir une résidence ici . Cette ville pleine de paradoxes, de vie, de mélange, de lumière… cette ville est propice à la création. Mon travail Angambie identitaire est d’ailleurs une caricature sur le “devenir” de la cité Phocéenne. Cette expérience m’a permis d’expérimenter et de mettre en pratique de nouvelles techniques, de promouvoir mon art, de rencontrer d’autres artistes et de partager des compétences, de m’épanouir et de prendre du plaisir. – Christophe Blancard

Il est jardinier, il travaille avec le vent – paysagiste, il travaille avec les lieux.

L’observation de végétaux des dunes ou des petits évènements urbains l’ont amené à modéliser des systèmes de prise d’empreintes éoliennes (traces) et des mobiles (effets). Et puis la Cité des arts de la rue, ses acteur.rice.s, résident.e.s, ses objets aussi. À les côtoyer pendant un temps de résidence – laisser s’installer un quotidien – il y a forcément des rencontres… Et c’est une des meilleures choses de la vie les rencontres. Il en sort des choses inattendues, des surprises pour tout le monde, du mouvement, des effets … et des traces.

Après. La rencontre avec un lieu et ses acteurs déclenche toujours de nouvelles pistes, allume des mèches. Ce fut mon cas ici. Concernant mon travail, cette aventure est arrivée à un moment important et m’a permis je pense de faire évoluer les questionnements qui le jalonnent : l’équilibre à trouver entre processus et résultat ; la manière de montrer mon travail dans un lieu ; le rapport au paysage. – Rémy Duthoit

Gérard Boyer / Mario Goffe / Marie-Lucie Poulain ​

Trois artistes, trois moteurs d’une résidence. Trois actionneurs de pratiques indépendantes. Trois actionneurs qui forment et déforment cette résidence au gré de leurs imaginaires. En clair, trois entêté.e.s s’artistiquent dans un même lieu, un même temps. Unité de lieu, unité de temps. Unité d’action ? Non. Donc, pas de tragédie, juste une résidence. Une enveloppe malléable et diaphane apprivoise sans contrainte la mosaïque tricéphale d’élucubrations artistiques livrée à elle-même. - Gérard Boyer

Gérard Boyer - Machines amibées

Durant sa résidence à Lézarap’art, Gérard Boyer a créé trois pièces :
 

Machine amibée #2 – Tentative de reptation déclenchée par tensions molles

Moteurs essuie-glaces 12 volts, bielles caoutchouc, tendeurs de courroies de distribution.  

Machine amibée #3 – Trois tourne-en-ronds s’accommodant d’une géométrie variable

Moteurs lève-vitres 12 volts, mécanismes lève-vitres.  

Machine amibée #4 – Amibique élocution d’une excentrique concentration tentaculaire

Moteurs essuie-glaces 12 volts, démultiplicateur, scions de canne à pêche.  

De l’espace, de l’outillage et du temps. Et du temps… La résidence le permet. Elle permet ce temps. Ce temps d’écoute, de réflexion, de proposition, de réalisation. Ce temps de repli, de concentration, d’essais multiples. De ratés aussi. Se planter fait partie de l’enjeu. Libre cours. Elle permet également et surtout le temps de l’échange. Peu de contraintes, mais des envies et des dispositions, de bonnes dispositions. Une résidence agréable, confortable, efficace et apaisante, “ressourçant”. – Gérard Boyer

Mario Goffe – Sensitive

C’est à un travail sur le cerveau humain que Mario Goffe a consacré sa résidence, et plus particulièrement sur la partie droite du cerveau : la partie sensible, celle qui gère impressions, réactions, émotions. Les créations de Mario Goffe ont pris le nom et l’apparence d’une fleur : la sensitive, sorte de plante extraordinaire dont les feuilles se rétractent au contact d’un élément extérieur. Elles sont faites de miroirs (seule matière qui réfléchit) et sont réactives à l’environnement. Elles captent la main placée au-dessus d’elles, s’ouvrent et se ferment en fonction de la distance, ondulent sous la caresse et produisent du son.

 

En commençant, deux envies m’occupaient : celle de travailler sur le fonctionnement de la création d’émotions dans le cerveau et celle d’expérimenter des domaines technologiques assez pointus (asservissement de position par microcontrôleur). Mon dessein premier était d’une plastique simpliste et assez anthropomorphique : cela ressemblait à un cerveau avec ses deux lobes séparés par un gazon bucolique (la poésie se logeant entre les deux hémisphères comme chacun sait). Progressivement s’est imposée la matière (aluminium), la forme (un volume qui s’agrandit en se déplaçant), le style de construction (assemblages boulonnés de type aviation). Tout ceci apparaissant comme une évidence. Ce n’est que vers la fin que la forme première que j’envisageais m’est devenue superflue. Finalement il « apparaîtrait » que j’ai réalisé un petit jardin aux grandes fleurs délicates et sensibles. – Mario Goffe

Autre univers, plus féminin, plus charnel : celui de Marie-Lucie Poulain qui, pendant ce mois de résidence, s’est « laissée à travailler les matières qui [lui] ont petit à petit raconté des histoires ».

Recherche entre sculpture et peinture, de la matière la plus noueuse à la plus légère, qui ont donné trois histoires auxquelles Marie-Lucie Poulain a souhaité donner les titres suivants : Je t’aime moi non plus, film (et chanson) de Serge Gainsbourg ; La Cité des femmes de Federico Fellini ; et Les chaussons rouges de Mickaël Powell et Emeric Pressburger, film lui-même inspiré du conte d’Anderson.

Je t’aime moi non plus – La douleur – Assemblage de bois (cœur de souche d’arbre et caisse de vigneron), chariot sur roulettes arrimé par des clous et des filins d’acier. Des cordes placées à chaque extrémité symbolisent le tiraillement.

La Cité des femmes – Le regard – Arbre de ferraille et de bois. Technique de la découpe au plasma. Promontoire très haut d’où une kyrielle de femmes s’adonne à la surveillance du monde. Évoque la libération des femmes.

Les chaussons rouges – La danseuse – Structure en ferraille légère et sur roulettes, sur laquelle sont disposés une multitude d’aquarelles de femmes et de rubans vermeil.

À travers ces trois propositions, Marie-Lucie Poulain semble avoir trouvé la matière qui raconte la liberté d’accouplement matière/couleurs, le monde mystérieux du conte de fées ou encore le rire, la chair et la douceur.